Il y a quelques années encore, l’industrie de la mode semblait amorcer un tournant vers plus de diversité corporelle. L’arrivée de mannequins « curves » sur certains podiums laissait espérer une évolution des standards. Pourtant, en 2025, ce mouvement paraît au point mort. Les mannequins grande taille ont quasiment disparu des défilés en France.

Quand on en aperçoit une, il s’agit souvent de la même figure, et elle est presque toujours américaine. Les marques françaises préfèrent faire venir des modèles des États-Unis, en investissant dans des billets d’avion et des frais de séjour, plutôt que de collaborer avec des mannequins françaises issues de la diversité.
Et pourtant, ces mannequins existent bel et bien. Elles sont formées, expérimentées, disponibles, et prêtes à travailler. Mais elles ne sont pas appelées, peu représentées dans les castings, et bien souvent, totalement ignorées par les grandes maisons. Face à cette absence d’opportunités, la majorité d’entre elles se tournent vers l’international, notamment vers le Royaume-Uni, où la scène est bien plus ouverte, notamment dans la publicité, la mode digitale et certains événements majeurs.
Ce paradoxe interroge : pourquoi effacer des profils disponibles localement, pour importer une diversité « contrôlée », sur mesure, venue d’ailleurs ? Cela montre bien que, pour une grande partie de l’industrie française, l’inclusion reste un outil de communication plus qu’un réel engagement.
En optant pour des figures étrangères déjà validées par d’autres marchés, les marques françaises évitent de prendre ce qu’elles considèrent comme des risques symboliques, tout en se construisant une image de fausse inclusivité.


Ce choix entretient une logique de rareté qui favorise la précarité dans le milieu : les agences, conscientes de cette dynamique, ne signent qu’un ou deux mannequins grande taille ou racisés, estimant qu’il n’y a de place que pour un profil « diversité » par génération. Les clients, de leur côté, se contentent souvent de booker un seul mannequin « différent » par saison, pour cocher une case et répondre aux exigences d’image.
Cette politique de quotas implicites crée une concurrence inutile entre les mannequins concernées, les enfermant dans un espace limité, où il faut se battre pour une place unique. Et paradoxalement, malgré ces choix stratégiques, les marques continuent de recevoir des critiques de la part du public, notamment sur les réseaux sociaux, où les consommateurs dénoncent régulièrement le manque de représentativité dans les campagnes, les défilés et tout particulièrement dans l’e-commerce.

La demande est là, les talents aussi — ce sont les barrières institutionnelles qui persistent.







