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L’amitié doit elle est rentable ?

L’interview récente d’Aya Nakamura dans Oui Hustle, menée par The Chairman, a marqué un tournant dans la manière dont l’artiste se montre au public. Pour la première fois depuis plusieurs années, on l’a vue réellement s’ouvrir, se livrer et parler avec une liberté rare. Ce moment authentique a mis en lumière un problème plus large : la relation complexe entre les artistes issus des scènes afro, R&B, zouk ou urbaines et les médias traditionnels français.

Aujourd’hui, la manière dont les attachés de presse orientent la promotion des artistes semble parfois déconnectée de la réalité. Beaucoup d’entre eux maintiennent des liens personnels ou professionnels avec certains médias généralistes et poussent les artistes à s’y rendre, même lorsque ces plateformes ne leur correspondent ni culturellement, ni artistiquement, ni même en termes de public. Cela crée un décalage évident : des interviews froides, formatées, où l’artiste répond au minimum et où le média ne semble pas comprendre ce qui fait sa singularité. Le public, lui, ressent immédiatement cette distance.

À l’inverse, les médias plus proches de ces cultures, souvent tenus par des personnes racisées, par des passionnés de ces genres musicaux ou par des équipes qui comprennent réellement ces artistes, sont souvent relégués au second plan. Pourtant, ce sont eux qui pourraient offrir les échanges les plus riches, les plus profonds et les plus respectueux. L’interview d’Aya Nakamura chez Oui Hustle l’a montré clairement : lorsqu’un artiste évolue dans un espace où il est attendu, compris et valorisé, tout change. L’atmosphère se détend, la parole se libère et l’interview devient un moment fort, apprécié autant par l’artiste que par le public.

Cette situation soulève une question fondamentale : qui a réellement besoin de qui ? Pendant longtemps, on a agi comme si les artistes avaient impérativement besoin des médias traditionnels pour toucher un nouveau public. Or, aujourd’hui, ce sont plutôt ces médias qui cherchent à attirer l’audience de ces artistes, car leur propre public vieillit, diminue ou se détourne des formats classiques. Le public jeune suit l’artiste partout où il va, que ce soit sur YouTube, Instagram, TikTok ou dans des médias indépendants. Ce n’est donc plus l’artiste qui bénéficie d’un passage dans ces médias, mais bien l’inverse.

Un autre problème, souvent passé sous silence, concerne les équipes qui entourent les artistes lorsqu’ils atteignent un certain niveau de succès. Certains artistes noirs ou maghrébins, lorsqu’ils deviennent des figures majeures de la scène française, se retrouvent entourés d’équipes majoritairement blanches qui ne comprennent ni leurs références, ni leur parcours, ni leur rapport au public. 

Par peur de mal faire ou par souci de “prestige”, ces équipes évitent les médias afro ou communautaires, considérés à tort comme trop segmentés, trop “typés”, pas assez valorisants pour une star devenue “grand public”. On finit donc par créer une hiérarchie implicite où les médias noirs sont jugés moins légitimes, et où l’artiste noir devient une sorte de figure premium qu’il faudrait éloigner des siens pour paraître plus international ou plus respectable.

Ce mécanisme est non seulement problématique, mais aussi contre-productif. Il empêche l’artiste de communiquer dans des espaces où il pourrait réellement s’exprimer en profondeur et se sentir compris. Il prive aussi des médias essentiels souvent créés par des personnes investies, compétentes et proches de ces cultures de la visibilité qu’ils méritent. Et surtout, il renforce une vision biaisée de l’industrie où seules certaines plateformes seraient dignes d’accueillir des artistes devenus trop importants pour “rester avec leur communauté”.

L’interview d’Aya Nakamura chez Oui Hustle a donc eu un effet révélateur. Elle montre à quel point il est important pour un artiste d’aller là où il est écouté, là où l’interlocuteur comprend son univers, ses codes et sa sensibilité. Elle montre également que, lorsque les choses sont faites avec sincérité, le public répond présent. Ce moment devrait pousser l’industrie à réfléchir : peut-être est-il temps de revoir les stratégies de promotion, de redonner de la valeur aux médias pertinents, et de comprendre que la bonne exposition n’est pas celle qui “fait chic”, mais celle qui permet à l’artiste d’être lui-même.

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