
À Paris, de nombreuses initiatives issues des communautés noires et racisées se sont construites en réaction à l’exclusion persistante dans les milieux dominés par des acteurs blancs. Créer ses propres structures, lancer ses propres projets – shootings, agences, événements – relevait d’une nécessité : se donner la place que l’industrie refusait encore trop souvent. Mais aujourd’hui, un paradoxe se dessine.
Car si ces espaces se revendiquent comme alternatifs et inclusifs, ils reproduisent pourtant les mêmes logiques d’exclusion. Très vite, un petit cercle s’est imposé : les mêmes acteurs monopolisent les opportunités. Les collaborations se jouent davantage sur les affinités personnelles que sur la diversité des talents. Résultat : pour celles et ceux qui n’appartiennent pas à ces cercles, accéder au travail devient un véritable parcours d’obstacles.
L’argument de l’inclusivité est pourtant mis en avant. Mais derrière le discours, la pratique révèle un entre-soi verrouillé. De jeunes talents, espérant trouver dans ces espaces une alternative plus ouverte que les institutions classiques, découvrent une réalité désenchantée : contacts inaccessibles, absence de réponses, fermeture des réseaux.
Ces collectifs finissent par obtenir un quasi-monopole sur les opportunités professionnelles avec les marques, et donc sur l’argent généré par cette culture. Les mêmes noms circulent, les mêmes visages occupent l’espace. L’illusion d’un lieu “safe” et accessible à toutes les personnes marginalisées se dissipe.


Ce paradoxe pose une question brûlante : comment créer des espaces réellement inclusifs, sans reproduire les hiérarchies et les logiques de pouvoir qu’on prétendait dépasser ? La promesse d’un « par nous, pour nous » ne peut être tenue que si elle s’ouvre réellement à la pluralité des voix, et non à un microcosme déjà installé.







