Le « syndrome méditerranéen » n’est pas une maladie. C’est une étiquette inventée dans le milieu médical français dans les années 1970 pour décrire la manière dont certains patients – surtout originaires d’Afrique du Nord, d’Italie, du Portugal, d’Espagne ou de Turquie – exprimaient leur douleur de façon jugée trop démonstrative. Derrière ce terme se cache en réalité un stéréotype culturel et racial, aujourd’hui largement remis en cause.

Une notion sans fondement médical
Selon cette idée, les patients « méditerranéens » auraient tendance à se plaindre davantage, à dramatiser leurs symptômes, alors que les examens cliniques ne révélaient parfois rien de grave. Mais les études menées sur la question sont claires : il n’existe aucune différence biologique ou physiologique dans la perception de la douleur selon l’origine des patients. Ce sont les soignants, influencés par des représentations culturelles, qui interprètent différemment les plaintes exprimées.
Des conséquences réelles pour les patients
Le problème, c’est que ce biais a eu et a encore parfois des effets très concrets, car il conduit à banaliser ou minimiser certaines douleurs, à prescrire des antalgiques de manière insuffisante et à retarder, voire manquer, des diagnostics, et certains drames, comme celui de Naomi Musenga en 2017, ont rappelé combien le mépris ou la sous-estimation des plaintes pouvait avoir des conséquences tragiques


Un héritage à dépasser
Aujourd’hui, de plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer l’usage de ce terme, considéré comme raciste, stigmatisant et dangereux. Les chercheurs en sciences sociales rappellent que la manière d’exprimer la douleur dépend de nombreux facteurs : personnels, sociaux et contextuels.
Vers une médecine plus attentive
Déconstruire le « syndrome méditerranéen », c’est avant tout rappeler une règle de base : écouter et croire les patients, sans préjugés. La médecine moderne ne peut se permettre de classer les malades en catégories culturelles, au risque de leur refuser un droit fondamental : celui de voir leur douleur reconnue et traitée.








