Blog / Un Féminisme sélectif, Femme racisée pas concernée.

Un Féminisme sélectif, Femme racisée pas concernée.

Depuis plusieurs décennies, le féminisme a permis des avancées majeures pour les droits des femmes. Pourtant, toutes ne s’y retrouvent pas. De nombreuses femmes racisées dénoncent un féminisme « mainstream », souvent blanc et bourgeois, qui prétend parler au nom de toutes, tout en ignorant  voire en invisibilisant les réalités spécifiques des femmes issues de l’immigration. Un féminisme sélectif, où les femmes racisées sont trop souvent reléguées à la marge.

Un féminisme centré sur les privilèges blancs

Le féminisme dominant en France, comme ailleurs en Occident, est souvent façonné par les priorités des femmes blanches de classes moyennes et supérieures : égalité salariale, plafond de verre, charge mentale au travail, parité politique. Des enjeux certes importants, mais qui laissent de côté des problématiques vitales pour beaucoup d’autres femmes : discriminations raciales à l’embauche, violences policières, islamophobie, précarité ou accès au logement.

Ce féminisme « universel » prétend parler pour toutes, tout en refusant de voir que l’expérience d’une femme noire, maghrébine ou asiatique, musulmane ou sans-papiers, n’est pas la même que celle d’une cadre blanche. Il oublie que les oppressions ne se superposent pas mécaniquement, mais s’entrelacent. Être une femme racisée, c’est souvent vivre une double peine : sexisme + racisme, et parfois même plus

Quand les femmes racisées deviennent des cibles

Pire encore : les femmes racisées sont parfois les cibles implicites de ce féminisme sélectif. Lorsqu’une femme musulmane voilée choisit de porter le hijab, elle devient automatiquement suspecte aux yeux d’un certain féminisme laïque qui voit dans sa tenue un symbole de soumission. Son choix, son autonomie, son vécu sont niés  au nom de la « libération » des femmes.

Cette attitude paternaliste reflète une vieille tradition coloniale où les femmes indigènes étaient perçues comme à « sauver » d’elles-mêmes, de leur culture, de leurs hommes. Ce féminisme missionnaire continue aujourd’hui sous d’autres formes : débats sur le voile, exclusions scolaires ou professionnelles, rejet des revendications racisées au sein des luttes féministes.

Vers un féminisme véritablement inclusif

ace à ces limites, de nombreuses militantes racisées construisent leurs propres espaces : féminisme décolonial, afroféminisme, etc. Ces courants refusent d’avoir à choisir entre race et genre, entre identité et droits. Ils ne cherchent pas à diviser, mais à enrichir la lutte féministe en y intégrant des voix longtemps marginalisées. Un féminisme qui ne prend pas en compte toutes les femmes n’est pas un féminisme.

Il ne suffit pas de dire « toutes les femmes », encore faut-il les écouter, les croire, les inclure. Celles dont les corps sont stigmatisés, dont les mots sont invisibilisés, dont les luttes sont ignorées. C’est à cette condition que le féminisme pourra réellement tenir sa promesse d’émancipation : pour toutes, et pas seulement pour certaines.

Share this post
redaction

Looking for the latest issue?
Subscribe.

I’m sharing exactly what’s going on with the basement design project
right now and what’s happening next.

Related Posts

Previous
Next
Hit enter to search or ESC to close