Voyager est souvent présenté comme une expérience de liberté et de découverte. Pourtant, pour beaucoup de personnes racisées en France, préparer un séjour ne se limite pas à chercher un billet d’avion ou un hôtel confortable. Avant même de partir, une question s’impose : « Est-ce que je serai bien accueilli·e là-bas en tant que non blanc». Ce réflexe, qui peut sembler anodin, traduit en réalité une vigilance particulière face aux risques de discriminations ou de comportements hostiles.

En France, certaines personnes expliquent qu’elles prennent le temps de se renseigner sur leurs destinations avant de voyager. Il ne s’agit pas seulement de comparer les prix ou de vérifier la météo, mais de s’assurer que le lieu choisi sera relativement sûr et accueillant. Cela passe souvent par la lecture de témoignages en ligne, par la recherche d’informations sur la diversité locale ou encore par le fait de consulter des récits d’autres voyageurs ayant une expérience similaire.
Des études confirment que cette démarche n’est pas marginale. Selon une enquête internationale menée par le cabinet MMGY Global, environ un tiers des voyageurs noirs en France considèrent la sécurité comme un critère décisif dans le choix de leur destination. Même si cette proportion est moins élevée qu’aux États-Unis ou au Canada, où plus de 70 % des voyageurs noirs expriment cette préoccupation, elle reste révélatrice d’une expérience de voyage marquée par l’attention aux risques liés au racisme.
Les récits personnels mettent en lumière des réalités contrastées. Certaines personnes disent se sentir à l’aise dans des villes cosmopolites comme Paris, Marseille ou Lyon, où la diversité culturelle est visible et où elles se sentent moins isolées. D’autres, en revanche, décrivent des situations plus difficiles dans des régions moins habituées à voir des touristes non blancs. Les regards insistants, les remarques déplacées ou même des refus de service sont autant d’expériences qui peuvent gâcher un voyage et qui expliquent cette nécessité de se renseigner en amont.
Cette vigilance traduit aussi une forme de charge mentale supplémentaire. Là où beaucoup de voyageurs se laissent porter par l’envie de découvrir de nouveaux paysages ou de nouvelles cultures, les personnes racisées doivent intégrer une dimension supplémentaire dans leur préparation : s’assurer que leur sécurité et leur dignité seront respectées. Le voyage devient alors une expérience à double facette, entre curiosité et précaution.

Voyager en tant que personne racisée peut être une expérience riche et agréable, mais elle s’accompagne trop souvent d’une vigilance qui ne devrait pas être nécessaire.







