Blog / Jules BE KUTI, le pinceau affûté et l’esprit en éveil

Jules BE KUTI, le pinceau affûté et l’esprit en éveil

Jules BE KUTI n’aime pas perdre son temps. Officiellement peintre depuis une demi dizaine d’années, il est déjà doté d’une certaine cote sur le marché de l’art. Artiste engagé, désireux de déconstruire les clichés tenaces qui entourent les cultures africaines et afro-descendantes, Jules nous montre une tout autre réalité. Il nous transmet au travers de ses œuvres une certaine nudité. Oui, il met a nu les émotions masculines, les stéréotypes, ainsi que les forces vives de son héritage culturel.. Jules est un fonceur qui casse les barrières. Le temps d’un entretien avec le Barbès Magazine, il a accepté de lever le voile sur ce qui se cache derrière ses créations : une quête de vérité, brute et sans compromis

Qui es- tu ?

Je suis Jules BE KUTI, artiste peintre. Je travaille principalement le figuratif. Mon univers tourne autour de l’identité et des émotions, que je cherche à révéler avec des couleurs vibrantes. Chaque toile est une rencontre entre des visages, des histoires et une palette qui respire la lumière.

Quand est ce que tu as vraiment décidé de te lance dans une carrière de peintre à 100 % ? C’était quoi le déclic ?

Depuis l’enfance, le dessin était mon refuge, mon espace de liberté. Mais c’est pendant le confinement que tout a basculé. J’ai peint sans relâche, et cette intensité m’a mené à mes premières expositions. Une expo en a entraîné une autre, et j’ai compris que je ne pouvais plus faire marche arrière. C’est là que je suis devenu peintre à plein temps.

Qu’est ce que tu faisais avant ?

Avant, j’étais consultant en finance. Un univers rigide, rationnel, où la sensibilité n’avait pas vraiment sa place. Pourtant, je n’ai jamais cessé de peindre : le soir, je rejoignais les ateliers des Beaux-Arts de Paris, à Montparnasse, pour continuer à nourrir cette part de moi. Puis un jour, j’ai décidé de franchir le pas. Ce fut un virage radical, mais sans doute le choix le plus juste et le plus libérateur de ma vie.

On voit qu’à travers vos tableaux, tu cherches à transmettre beaucoup de choses, dont l’émotion. Est ce qu’il y a autre chose que tu as envie de transmettre ?

Mon point de départ, c’est toujours l’émotion. J’essaie de la capturer et de la transmettre avec des couleurs pastel, qui apportent douceur, lumière et parfois une touche de nostalgie. Mais au-delà de ça, j’aime créer des contrastes : par exemple, un visage traversé par une profonde tristesse posé sur un fond aux couleurs vives et joyeuses. Ce décalage dit quelque chose d’essentiel : la complexité des émotions humaines, cette dualité entre ombre et lumière.

Et on voit qu’il y a sur des tableaux, il y a des enfants, des parents. On a beaucoup cette dimension familiale qui apparaît sur tes tableaux. Pourquoi ?

J’ai développé une série autour de la masculinité à travers le prisme de la couleur noire. Mon intention était de représenter les hommes à différentes étapes de leur vie : enfants, pères, adultes. Avec cette série, je voulais montrer qu’être un homme, c’est aussi avoir le droit d’exprimer ses émotions. Trop souvent, surtout quand on parle des hommes noirs, on les réduit à des clichés : insensibles, durs, incapables de s’occuper de leurs enfants. Moi je voulais montrer l’inverse : des hommes qui assument leur résilience, leur tendresse, leur force, leur paternité.

Et justement, tu cherches à casser ces stéréotypes. Tu sais que les parents de la première génération arrivés en France, ont une certaine vision de la réussite. Toi, quand tu es passé de l’économie à la peinture, comment as-tu annoncé à ton entourage que tu voulais devenir un artiste peintre à plein temps, alors que l’on sait que pour eux, la réussite c’est soit d’être avocats, soit médecins, soit banquiers ?

Comment tu leur a expliqué que tu voulais devenir artiste sachant que ça allait peut être complètement casser la vision qu’ils avaient de toi dans le futur ?

J’ai eu la chance d’avoir une mère qui m’a toujours fait confiance. Elle savait que je portais cette passion pour le dessin et la peinture depuis l’enfance. Bien sûr, à son époque, devenir artiste était encore plus compliqué : le milieu était très fermé, il fallait absolument avoir les bons contacts. Moi je me voyais surtout comme un passionné.

Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, tout a changé : on peut partager son travail, créer son réseau, toucher un public plus large. Mes parents ont vu que j’étais déterminé et sincère dans cette démarche, et ils m’ont soutenu. Aujourd’hui, ils sont fiers de me voir vivre de ma peinture.

Dans tes tableaux, dans ton art de manière générale, on voit qu’il y a un point d’ancrage qui est l’Afrique. Quels rapports tu entretiens aujourd’hui avec avec ce continent ? Tu est d’origine camerounaise, est ce que tu vas chercher ton inspiration dans ce pays, dans ce continent de manière globale ?

On retrouve l’Afrique dans mes motifs, dans la manière dont je les associe aux fonds pour créer des harmonies de couleurs. Ce lien est autant esthétique qu’émotionnel. Je peins majoritairement des personnes noires parce que cette question de l’identité m’anime profondément. Mon but n’est pas de reproduire une image traditionnelle de l’art africain, mais d’en proposer une lecture contemporaine, vivante, vibrante, avec une explosion de couleurs. C’est ma façon d’honorer mes racines tout en affirmant ma propre voix.

Finalement tu veux transmettre une certaine joie du peuple africain. Lui qui a souvent été rattaché par les médias ou même l’éducation scolaire, à la souffrance, le malheur et d’autres choses négatives ?

Tout à fait. Moi, j’essaie de me concentrer sur les solutions. Je veux proposer quelque chose de moderne, de frais, de vivant. Bien sûr, il y a de la fragilité dans mes toiles, mais aussi beaucoup de lumière et de joie. Je peins des gens dans leur quotidien, avec leurs émotions ordinaires. C’est simple, vrai, et c’est ça qui rend mes tableaux vivants.

Qu’est ce que tu veux nous montrer sur cette culture africaine finalement ?

Je m’intéresse beaucoup à la diaspora africaine en France, et c’est ce que j’ai voulu traduire dans mon mon travail. Plus récemment, j’ai lancé un projet “intitulé When I Grow Up”, réalisé avec les enfants du quartier Charles Hermite, dans le 18e à Paris, avec l’association Be Cosmo. L’idée était de travailler autour de leurs rêves et de leurs aspirations.

Moi aussi je viens de l’immigration, j’ai grandi dans ces quartiers. J’ai rêvé d’être artiste, et aujourd’hui je le suis. Cette série est un message : malgré les obstacles et les difficultés socio-économiques, il est possible de réaliser ses rêves.

Mon but est triple : d’abord, donner de l’empowerment aux enfants, qu’ils prennent conscience de leur valeur. Ensuite, sensibiliser les autres aux réalités et aux richesses de ces quartiers, au-delà des stéréotypes. Et enfin, célébrer. Parce que l’ultime objectif est que la communauté voie à quel point ses enfants ont du potentiel.

Quel est ton processus de travail ? Et combien de temps tu mets à réaliser un tableau, est ce que c’est en semaine, en mois, en année ?

Difficile de donner un temps précis. Pour moi, tout repose sur l’émotion. Je peins jusqu’à ce qu’elle surgisse. Tant que je ne ressens pas ce déclic, je continue. Ça peut durer 15 heures, 25 heures ou 40… L’important, c’est ce moment où je sens que l’émotion est là. Si je la ressens, je sais que le spectateur la ressentira aussi.

Mon processus commence souvent par le dessin. J’ai des carnets remplis d’esquisses, et quand je sens que c’est le bon moment, je passe à la peinture. Je travaille beaucoup par séries, parce que ça me permet d’explorer un thème en profondeur.

Quel est le tableau qui te rend le plus fière ?

C’est généralement le dernier tableau parce qu’il porte l’émotion la plus récente, celle qui me traverse encore.

Comment tu diffuses ton art, à l’international ?

L’art, c’est universel. Exposer à Paris, New York ou Lisbonne, c’est avant tout une histoire de rencontres et de feeling. Parte artistique. Ce lien-là est le même, peu importe la ville ouout, il faut trouver des personnes qui résonnent avec ton travail, qui comprennent ton langag le marché.

Comment peux tu expliquer que le marché de l’art New Yorkais se développe aussi rapidement et finisse par concurrencer le marché parisien, alors que la métropole américaine a une histoire bien plus récente avec l’art que Paris ?

Je pense qu’il faut d’abord nuancer : Paris a une histoire artistique immense, un héritage culturel qui reste unique. New York, lui, a construit sa place beaucoup plus récemment, mais avec une autre force : celle du marché. Là-bas, il y a une concentration exceptionnelle de collectionneurs, de musées privés, de fondations puissantes. C’est un écosystème qui repose sur l’énergie et le pragmatisme, plus que sur la tradition.

À mes yeux, ce n’est pas vraiment une concurrence. L’art n’est pas une course de vitesse. C’est une conversation mondiale, et New York comme Paris apportent chacun quelque chose de différent. Paris, c’est la profondeur historique, la matrice. New York, c’est la puissance économique et la visibilité internationale. Les deux sont nécessaires, et c’est dans ce dialogue que le marché, et surtout les artistes, trouvent leur place.

Arrives- tu à vivre correctement de ton art ? Est ce que tu peux nous expliquer comment fonctionne le business de l’art, du point de vue d’un artiste peintre comme toi ?

Oui, aujourd’hui j’arrive à vivre de ma peinture. Mais je crois que la clé, c’est de bien s’entourer. Tout seul, c’est possible, mais c’est un chemin difficile. Pour ma part, je préfère me concentrer sur ce que je fais de mieux : peindre. Et je travaille avec des personnes de confiance qui s’occupent de l’aspect commercial. L’art reste une aventure collective, même si la création est solitaire.

Tes objectifs futurs ?

Cette année, j’ai exposé à New York en mai. Je présenterai également une exposition solo à la Galerie MOVART de Lisbonne à partir du 9 septembre, puis je participerai à la foire AKAA FAIR du 24 au 26 octobre avec l’agence The Norm Art.

Mon objectif est simple : faire voyager mon art, multiplier les collaborations avec des galeries et aller à la rencontre de publics toujours plus variés.

Ou peut on retrouver tes tableaux, tes actus, suivre ton art ?

On pourra me retrouver à Lisbonne et à Paris lors de mes prochaines expositions. Je suis aussi très actif sur les réseaux, notamment Instagram, où je partage régulièrement mes actualités et mes projets à venir.

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