Léa Behalal Achdjian a tracé un itinéraire professionnel singulier, fait de rebonds, d’apprentissages et d’un regard lucide sur les coulisses du secteur de la mode et de l’image. Aujourd’hui directrice des partenariats au sein d’une agence d’image, elle revient sur un parcours où se croisent ambition, passion et questionnements sociétaux.


Des débuts loin de la mode
Léa commence sa carrière dans la grande distribution, au marketing textile. Elle enchaîne avec Jellysmack (devenue Blue Foxes), où elle supervise la production de contenus digitaux. Puis elle plonge dans l’univers des médias tendance et politique chez l’ADN, avant que la mode ne s’impose véritablement à elle.
C’est avec Nylon qu’elle fait son entrée officielle dans cet univers, en tant que market editor, contribuant au lancement de la licence française du magazine. Elle poursuit son parcours chez Tagwalk puis dans l’agence Good Sisters. “La mode est arrivée assez tardivement,” explique-t-elle, “mais c’était un attrait que j’avais depuis toujours.”
La mode comme prisme culturel
Léa raconte son goût ancien pour les grands événements relayés à la télévision : la Fashion Week, le Festival de Cannes, ces rendez-vous culturels qui faisaient rêver. Pourtant, ses premiers pas dans la mode sont rudes : stages peu valorisants, missions ingrates, remarques discriminatoires (“les noirs sont un peu ridicules dans ce milieu”, lui lance-t-on un jour). “Quand tu as 20 ans et que t’es la seule noire de l’équipe, tu te prends ça de plein fouet,” confie-t-elle.
Ces expériences, loin de la décourager, nourrissent son regard critique. Pour Léa, la mode est plus qu’un univers de tendances : c’est un miroir de la société. “Quand tu regardes des photos d’époque, tu comprends la période, l’ambiance économique et sociale. Se vêtir est une façon d’exprimer qui l’on est.” Une perspective qu’elle relie à sa curiosité quasi anthropologique et à l’influence de son mari, antiquaire spécialisé dans les arts textiles.
Un secteur exigeant et parfois élitiste
Le monde de la mode reste selon elle marqué par des codes implicites et un certain mépris social. “Il y a des personnes qui pensent détenir l’hégémonie du bon goût,” observe-t-elle. “Ce qui est jugé ‘cheap’ n’est pas soutenu, pas relayé. C’est dommage.” Le rapport au pouvoir et à la légitimité est aussi un fil rouge de son parcours. Léa insiste : rien ne lui a été donné. “On m’a parfois recrutée parce qu’on croyait en mon profil, mais même dans ces cas, tu dois prouver que tu mérites ta place.”

Un regard plein de nuances
Lucide et passionnée, Léa ne cache pas son amour profond pour la mode. Mais elle la regarde sans naïveté. Elle sait qu’elle est politique, qu’elle cristallise des rapports de pouvoir et qu’elle révèle bien plus que des tendances éphémères. “Si on essaie de comprendre la mode sous cet angle, c’est extrêmement enrichissant.” Son parcours incarne la capacité à créer son espace dans un secteur exigeant, à affirmer sa singularité, et à composer avec la réalité d’une vie de femme, de mère et de professionnelle ambitieuse.








