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Myriam Djeljeli : « C’est pas les plus talentueux qui réussissent, c’est les plus déterminés »

Actrice, scénariste et bientôt réalisatrice, Myriam Djeljeli a grandi dans le Sentier, au coeur du 2e arrondissement de Paris. Repérée par la réalisatrice Sylvie Verheyde pour le film Sex Doll, elle y croise Hafsia Herzi, qui deviendra une figure marquante de son parcours. On aime raconter les histoires de casting sauvage, les découvertes dans la rue, parce qu’elles donnent l’impression que le cinéma est un milieu ouvert où tout le monde peut trouver sa place.

Mais entrer dans ce métier n’est pas la même chose que pouvoir y construire une carrière. Depuis, Myriam Djeljeli enchaîne les castings et l’écriture, tout en poursuivant son ascension avec deux projets en préparation, dont l’un la verra tenir le rôle principal. Entre nouveaux défis artistiques et ambitions affirmées, elle s’impose comme une actrice à suivre de près. Rencontre avec une comédienne qui refuse de se laisser enfermer dans une case.

« J’ai grandi dans une cour d’immeuble »

Myriam Djeljeli a grandi dans le Sentier, dans le 2e arrondissement de Paris, où sa mère était gardienne d’immeuble. Elle grandit dans une chambre de bonne, entourée de ses sœurs et de ses neveux. La cour de l’immeuble est son premier terrain de jeu. Tout le monde se connaît, les portes sont ouvertes, les générations se mélangent et l’enfance se vit dehors. « Le Sentier, c’était un quartier où il y avait de tout : des familles, des commerçants, des ateliers, des gens de la confection, des voisins de passage et d’autres installés depuis longtemps », se souvient-elle.

Très vite, son terrain de jeu s’étend à la rue Saint-Denis. Elle nous a d’ailleurs proposé de venir shooter dans son quartier, dans le centre de Paris, autour de la rue Saint-Denis. « J’aime souvent dire que j’ai été élevée par la rue Saint-Denis et ses habitants. À l’époque, c’était un véritable village où tout le monde se connaissait. Les grossistes, les commerçants, les prostituées, les macs, les familles… tout ce petit monde cohabitait. Enfant, je passais des heures à observer les gens, leurs manières de parler, de rire, de s’engueuler, de s’aimer. Sans le savoir, c’est là que s’est construit mon regard sur les êtres humains, celui qui nourrit aujourd’hui chacun de mes personnages. »

À l’école, elle se décrit comme une élève moyenne, rongée d’anxiété, rêveuse et blagueuse, avec cette impression tenace d’être « nulle ». Les mots deviennent alors un refuge. Grande amatrice de rap, elle grandit avec Despo Rutti, Lacrim ou Booba dans les oreilles. Très tôt, elle écrit des textes avant de rapper au lycée, jusqu’à signer dans un label. Une expérience courte, mais fondatrice, qui lui apprend autant l’écriture que les coulisses d’un projet artistique.

Le déclic cinéma

Après avoir tourné la page de la musique, le cinéma entre dans la vie de Myriam Djeljeli presque par hasard. La réalisatrice Sylvie Verheyde la remarque, frappée par sa ressemblance avec l’actrice principale de Sex Doll. Elle l’invite à prendre un café avant une lecture du scénario et, sans véritable casting, lui confie le rôle de la petite sœur de Hafsia Herzi. Quelques années plus tard, cette première collaboration amène Hafsia Herzi à lui proposer un rôle dans son premier long métrage, Tu mérites un amour.

Ces deux expériences arrivent avec une certaine facilité. À ce moment-là, Myriam ne mesure pas encore à quel point ce métier peut être exigeant. « Je ne pensais pas que j’aurais à me battre autant pour continuer. Comme mes deux premiers films sont arrivés presque naturellement, je n’imaginais pas que la suite serait si difficile. C’est de là qu’est née ma relation toxique avec le cinéma.

Il est venu me chercher, puis j’ai dû me battre pour y rester. » Elle reprend alors des études de cinéma et d’audiovisuel à la Sorbonne Nouvelle. Diplômée, elle comprend surtout que sa place est autant devant que derrière la caméra. Jouer est une évidence, mais écrire l’est tout autant. Si les rôles ne viennent pas, elle veut aussi pouvoir créer les siens.

Le métier des « non »

Elle rejoint au fil des rencontres l’agence Adéquat, où travaille Maxime Isnart. Elle décrit une relation de confiance rare, faite d’appels fréquents et d’écoute.

Car le métier, dit-elle, se résume d’abord à essuyer des non. Les premiers refus glissent ; puis vient l’âge où ils cognent davantage, où l’on se demande si l’on a vraiment sa place, si les premiers rôles obtenus n’étaient que de la chance. Elle a fini par s’imposer une discipline mentale : ne jamais espérer avant d’avoir le rôle, considérer chaque casting raté comme une non-victoire plutôt qu’une perte. « Soit tu l’as et tu repars gagnante, soit tu repars comme tu es venu », résume-t-elle.

Sortir des cases
Myriam Djeljeli revendique une identité qui échappe aux catégories toutes faites. D’origine tunisienne et algérienne, elle a grandi dans le centre de Paris, au carrefour de milieux sociaux et culturels très différents. « J’ai toujours eu l’impression d’appartenir à plusieurs mondes à la fois, sans appartenir complètement à aucun. » Une richesse qui nourrit aujourd’hui son écriture et son jeu.

Cette même complexité, elle aimerait la retrouver davantage à l’écran. « Ce n’est pas une question de jouer une femme de quartier, une bourgeoise ou une avocate. Ce qui m’intéresse, c’est la profondeur d’un personnage. J’aime les êtres contradictoires, les personnages qui échappent aux clichés. »

Selon elle, un rôle ne devrait jamais se résumer à une origine sociale, une couleur de peau ou un accent. Elle observe d’ailleurs une évolution encourageante : une nouvelle génération d’auteurs et de réalisateurs écrit des personnages plus nuancés, définis avant tout par leur humanité. « C’est ce cinéma-là qui me donne envie. Celui qui raconte des individus avant de raconter des catégories. »

Le mythe de la bankabilité

Interrogée sur les mêmes visages qui reviennent sans cesse à l’écran, elle refuse d’incriminer les acteurs eux-mêmes : le problème vient, selon elle, de qui choisit et pourquoi, contraint par les logiques de financement des films. Elle relativise aussi la notion d’acteur « bankable » ces noms capables, en théorie, de remplir une salle en soulignant que la multiplication récente d’influenceurs au cinéma, sans effet mesurable sur la fréquentation, l’a rendue sceptique quant à la réalité de ce pouvoir d’attraction.

Jouer et écrire, sans choisir

Myriam Djeljeli aime autant le jeu que l’écriture, sans vouloir les mettre en opposition. Elle prépare actuellement un court métrage avec la société de production AT2Films, qui sera tourné en Tunisie. Le point de départ : une dispute survenue au cimetière, en Tunisie, avec sa mère.

Elle prépare également un premier rôle principal dans Fête des pères, court métrage de Barbara Biancardini produit par Why Not Productions, dont le tournage est prévu cet été. Elle apparaît aussi dans Quand le monde nous regardera, long métrage réalisé par Théo Hellermann et produit par AT2Films et Les films de Joy, dont la sortie est annoncée vers fin 2026.

Tenir, malgré tout

Sur son équilibre personnel, Myriam Djeljeli a appris à composer avec un métier où rien n’est jamais acquis. « Ce métier demande énormément de détermination. On dit souvent que ce sont les plus talentueux qui réussissent, mais je crois surtout que ce sont les plus déterminés. Les refus font partie du parcours. La question, c’est : est-ce que tu continues malgré tout ? »

Elle, en tout cas, ne se voit pas renoncer. « Vu d’où je viens, abandonner n’a jamais été une option. Je peux tomber, douter, me remettre en question, mais je serai toujours là. » Si elle n’avait pas choisi le cinéma, elle se serait volontiers tournée vers un métier auprès de jeunes en difficulté.

Pour les années à venir, ses souhaits restent simples : la santé, la paix intérieure et l’équilibre. « Tant que j’ai la santé, je peux continuer à me bagarrer. »

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