On nous l’enseigne dès le plus jeune âge : en France, chacun peut « réussir » s’il travaille dur. L’école serait ce grand égalisateur, le concours républicain, ce juge impartial, et la société, une terre d’opportunités. Pourtant, quand on gratte un peu le vernis, la fameuse méritocratie française apparaît surtout comme un mythe qui arrange ceux qui en bénéficient.

En théorie, l’école donne sa chance à tous. En pratique, elle reste l’un des lieux où les inégalités sociales se figent le plus. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en France, l’origine sociale pèse davantage sur la réussite scolaire. Un élève de milieu favorisé a beaucoup plus de chances de décrocher un bac général et d’intégrer une classe préparatoire qu’un élève issu d’un milieu populaire.
Il y a le travail, certes, mais il y a surtout ce que les sociologues appellent le « capital culturel » : la façon de s’exprimer, les références implicites, les codes sociaux. Ce sont ces détails qui font la différence lors d’un oral, d’une dissertation ou d’un entretien. À cela s’ajoutent les réseaux familiaux, les cours particuliers et un environnement propice aux études. Bref, autant d’éléments qui échappent complètement à la « valeur travail » mais qui pèsent lourd dans la balance.
La conséquence est claire : la mobilité sociale en France est en berne. L’INSEE le confirme : les enfants d’ouvriers deviennent rarement cadres, et les enfants de cadres le restent très souvent. Ceux qui réussissent malgré tout deviennent l’exception mise en avant, preuve que « c’est possible ».
La méritocratie n’est pas seulement une illusion, elle est aussi un récit commode. Elle permet à ceux qui réussissent de croire que leur succès ne doit qu’à leurs efforts, et à la société d’éviter de se confronter à ses inégalités structurelles. Elle offre une légitimité aux élites, tout en invisibilisant ceux qui restent sur le bas-côté.








