Photographe franco-sénégalaise, Céline ne sépare jamais totalement sa vie de son travail. Son appareil photo est à la fois un outil de création, un moyen de rencontrer les autres… et parfois une barrière qui l’empêche de vivre pleinement l’instant. Entre ses projets artistiques, sa maternité et ses questionnements sur l’image des enfants, elle raconte un parcours où la création s’adapte aux différentes étapes de la vie.

Photographe franco-sénégalaise, Céline ne sépare jamais totalement sa vie de son travail. Son appareil photo est à la fois un outil de création, un moyen de rencontrer les autres… et parfois une barrière qui l’empêche de vivre pleinement l’instant. Entre ses projets artistiques, sa maternité et ses questionnements sur l’image des enfants, elle raconte un parcours où la création s’adapte aux différentes étapes de la vie.

Très vite, elle développe une approche artistique centrée sur le portrait, les lieux et les matières. Fascinée par les textures, elle imagine des projets au long cours où le vêtement devient sculpture éphémère. Son projet Paysage textile l’emmène à la rencontre de stylistes aux quatre coins du monde. Ensemble, ils construisent des vêtements sans couture, uniquement à l’aide de tissus noués, destinés à n’exister que le temps d’une photographie.
« Ce qui m’intéresse, ce sont les lieux, les gens, ce qui s’en dégage. J’ai besoin de raconter des histoires. »
Chaque voyage devient ainsi un terrain d’exploration. Même lorsqu’elle part sans intention de produire une série, l’envie de créer finit toujours par reprendre le dessus. Au Brésil, venue simplement voyager, elle se surprend à se lever chaque matin à quatre heures pour photographier les corps endormis sur les plages après le carnaval. « Je suis incapable de ne rien produire », confie-t-elle.
La maternité, une parenthèse… mais pas un arrêt
L’arrivée de ses deux enfants a profondément transformé son quotidien. Certains projets internationaux, notamment autour des lutteurs qu’elle photographie au Sénégal et qu’elle rêve de poursuivre au Brésil ou au Japon, ont été mis entre parenthèses. Voyager plusieurs semaines n’est plus aussi simple.
« Beaucoup de choses sont en pause depuis les enfants. »
Pour autant, la création ne s’est jamais arrêtée. Elle a simplement changé de sujet.
Ses enfants sont devenus un territoire photographique immense. Non pas pour réaliser des portraits parfaits, mais pour saisir ce qui échappe souvent au regard : les gestes maladroits, les dents qui tombent, les moments de colère, les blessures, les jeux imaginaires. Tout ce qui compose cette enfance fugace.
« Ce n’est pas le beau qui m’intéresse. Ce que je veux photographier, c’est ce petit monde invisible qui disparaît tellement vite. »
Ces images restent aujourd’hui largement inédites. En tant que mère comme en tant que photographe, Céline s’interroge sans cesse sur leur diffusion. Le travail existe, mais sa publication dépendra aussi de l’accord de ses enfants lorsqu’ils seront plus grands.

Photographier ses enfants : une question de consentement
La réflexion sur l’image est omniprésente dans son quotidien.
Contrairement à une vision où l’autorité parentale suffirait à légitimer chaque décision, Céline explique avoir très tôt instauré le dialogue autour du consentement. Ses enfants demandent déjà pourquoi ils sont photographiés, à qui les images seront envoyées, qui pourra les voir.

« Tout ce qui touche à leur image, on en discute. Ce n’est pas open bar. »
Pour elle, cette éducation passe aussi par une sensibilisation à l’intimité et au respect du corps. Des notions qui deviennent essentielles dans une société où les images circulent en permanence.

Le paradoxe du photographe
L’un des passages les plus marquants de son témoignage concerne la place du photographe dans sa propre vie familiale.
Elle reconnaît que sortir son appareil crée parfois une distance avec ses enfants. Photographier un moment, c’est aussi, d’une certaine manière, s’en extraire.
« Quand je prends mon appareil, je ne sais pas si je vis vraiment l’instant comme les autres parents. »
Ce paradoxe, elle le décrit comme un privilège autant qu’une forme de malédiction. Observer, composer une image, chercher la lumière… autant de réflexes qui transforment le vécu immédiat.
Élever des enfants libres
Si Céline a renoncé, pour l’instant, à certains voyages, elle n’a pas renoncé à transmettre une certaine idée de la liberté.
Elle refuse d’imposer un avenir tout tracé à ses enfants. Médecin, artiste, pâtissière ou artisan : peu importe la profession, à condition qu’ils soient heureux et fiers de ce qu’ils accomplissent.
« Tant qu’ils aiment ce qu’ils font, je trouverai toujours les moyens de les accompagner. »
Dans son quotidien, elle cherche également à construire un équilibre entre le numérique et le monde réel. Lecture, jeux, cuisine, temps d’écran contrôlé : rien n’est totalement interdit, mais tout est expliqué. Les réseaux sociaux et les jeux vidéo font déjà partie des discussions familiales.

Une œuvre en mouvement
Aujourd’hui, Céline continue de photographier, souvent depuis chez elle, en adaptant son rythme à celui de sa famille. Les voyages reviendront progressivement, dit-elle. Ses projets aussi.
Son travail avance désormais au même rythme que sa vie : plus lentement peut-être, mais avec une profondeur nouvelle.
À travers ses images, elle poursuit une même quête, qu’il s’agisse d’un tissu sculpté, d’un lutteur ou d’un enfant qui grandit : trouver la juste distance entre le regard, le corps et le temps qui passe.









