Avec Jaadugar: A Witch in Mongolia, l’animation japonaise s’apprête à proposer un récit rare dans le paysage des animés récents : une histoire située au XIIIe siècle, entre la Perse et l’Empire mongol, où la présence de l’islam occupe une place importante dans la construction du personnage principal. Adapté du manga Tenmaku no Jādūgaru de Tomato Soup, l’animé ne se contente pas de raconter une aventure historique. Il ouvre aussi une réflexion plus large sur la culture, la transmission, la guerre et la place du savoir dans une société bouleversée.

L’histoire suit Sitara, une jeune fille vendue comme esclave à une famille de savants musulmans dans la ville de Tus, en Perse. Au départ, elle subit sa condition. Mais au contact de cette famille, elle découvre l’importance de l’éducation, de la lecture et de la connaissance. Dans ce contexte, l’islam n’apparaît pas seulement comme un décor religieux : il est lié à une vision du monde où apprendre, comprendre et transmettre deviennent des valeurs essentielles.
Cet angle est particulièrement intéressant, car les animés japonais représentent encore rarement les cultures musulmanes avec autant de centralité. Ici, l’univers islamique médiéval n’est pas réduit à une image exotique ou lointaine. Il devient le point de départ d’un récit sur l’émancipation par le savoir. Sitara ne possède pas de pouvoir magique classique : sa force vient de ce qu’elle apprend, de ce qu’elle retient, et de sa capacité à penser dans un monde dominé par la violence.

La série arrive aussi dans un moment où le public attend des animés capables de sortir des cadres habituels. Pendant longtemps, beaucoup d’œuvres populaires ont privilégié les récits de combat, de rivalité ou de dépassement personnel. Jaadugar, lui, semble proposer autre chose : une héroïne marquée par l’esclavage, la guerre et l’exil, mais dont la résistance passe par l’intelligence et la mémoire. C’est une manière plus politique de raconter la survie.
La présence de l’islam permet également de rappeler un fait souvent oublié dans la pop culture : au Moyen Âge, le monde musulman a joué un rôle majeur dans la circulation des savoirs, des sciences, de la philosophie et des textes. En plaçant son héroïne dans une famille d’érudits, Jaadugar remet cette dimension au cœur du récit. L’animé peut ainsi devenir une porte d’entrée vers une histoire plus vaste, loin des représentations simplifiées que l’on voit parfois dans les œuvres grand public.

Mais le récit ne semble pas idéaliser son époque. L’invasion mongole, la captivité et la domination rappellent que le savoir existe aussi dans des mondes traversés par la brutalité. C’est là que l’angle sociétal devient fort : Jaadugar raconte comment une jeune fille privée de liberté peut trouver dans la culture et l’éducation une forme de pouvoir. Dans une société où l’on parle beaucoup d’accès au savoir, de domination culturelle et de représentation, ce thème résonne fortement.
Produit par Science Saru, le studio derrière Dandadan, et attendu pour juillet 2026, l’animé pourrait marquer les esprits par son ambition historique et symbolique. S’il réussit son adaptation, Jaadugar ne sera pas seulement un nouvel animé à suivre : ce sera aussi une œuvre capable de montrer que l’animation japonaise peut raconter des histoires musulmanes, persanes et mongoles avec sérieux, nuance et puissance narrative.







